Un jeune sur six au Royaume-Uni pourrait se retrouver sans emploi, sans études ni formation d'ici cinq ans, contre un sur huit actuellement, selon un rapport commandé par le gouvernement qui met en garde contre une "génération perdue".
Le Royaume-Uni a longtemps affiché un taux de chômage des jeunes relativement faible par rapport à la moyenne européenne. Mais depuis la pandémie de Covid-19, la proportion de jeunes âgés de 16 à 24 ans hors du marché du travail ou du système éducatif est devenue l'une des plus élevées d'Europe.
Leur nombre a atteint son plus haut niveau depuis fin 2013 au premier trimestre, à un peu plus d'un million de personnes, soit 13,5% de la tranche d'âge, contre 12,5% un an plus tôt, selon de nouvelles données officielles publiées jeudi.
"Cette exclusion n'est plus temporaire. Pour trop de jeunes, elle devient permanente. Nous risquons d'avoir une génération perdue", a déclaré l'ancien ministre de la Santé Alan Milburn, qui a dirigé le rapport.
S'exprimant lors d'une conférence de presse, ce dernier a estimé que ce problème était "probablement le défi le plus important auquel le pays est confronté aujourd'hui et que l'inquiétude du public était la plus forte qu'il ait rencontrée dans sa carrière.
Le gouvernement du Premier ministre Keir Starmer est en difficulté dans les sondages d'opinion et les pressions liées au coût de la vie ont propulsé l'économie au premier rang des préoccupations des électeurs.
LE SYSTÈME DE PROTECTION SOCIALE "AgGRAVE L'INACTIVITÉ"
Selon le rapport d'Alan Milburn, le système de protection sociale "exacerbe l'inactivité", tout en soulignant la forte baisse des emplois d'entrée de gamme peu ou moyennement qualifiés, malgré un marché du travail globalement solide ces dernières années.
Six jeunes sans emploi, sans études ni sur formatin sur dix n'ont jamais eu d'emploi, contre quatre sur dix il y a vingt ans.
Plus de 70% d'entre eux n'ont pas eu de bons résultats scolaires - bien que 15% soient titulaires d'un diplôme universitaire - et 44% déclarent que leur santé précaire limite leur capacité à travailler, contre 26% il y a dix ans, en raison d(une augmentation des problèmes de santé mentale et des difficultés d'apprentissage.
Alors que le coût direct de ces jeunes en termes de prestations sociales s'élève à 3,2 milliards de livres (3,è milliards d'euros) par an, leur insertion à temps plein dans le monde du travail stimulerait l'économie de 38 milliards de livres sterling.
Alan Milburn, qui a servi au sein d'un gouvernement travailliste dirigé par le Premier ministre Tony Blair, prévoit de présenter des propositions politiques détaillées dans le courant de l'année.
Le ministre du Travail et des Retraites, Pat McFadden, a déclaré que le rapport montrait "l'ampleur du défi et les causes profondes du chômage des jeunes" à traiter".
MOINS D'OPPORTUNITÉS D'ENTRÉE SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL
Alors que 84% des jeunes sans emploi ni formation souhaitent travailler ou suivre une formation, seulement une livre sterling est consacrée à l'aide à l'emploi par 25 livres sterling versées en prestations sociales à cette tranche d'âge, selon le rapport.
Les opportunités de stages et d'emplois d'entrée de gamme se sont réduites, voire ont disparu, et les postes de débutants exigent davantage de compétences qu'auparavant.
Le gouvernement britannique a tenté de développer l'apprentissage, qui est moins répandu qu'en Allemagne ou aux Pays-Bas.
Le directeur général de la chaîne de magasins Marks & Spencer MKS.L , Stuart Machin, a estimé que les conclusions du rapport étaient "choquantes mais pas surprenantes" et reflétaient les préoccupations de son personnel et de ses clients.
De nombreux employeurs estiment que la hausse des coûts du travail, notamment du salaire minimum, a réduit les embauches de débutants.
Le rapport ajoute cependant que si la hausse du coût de la main-d'œuvre débutante rend plus difficile l'embauche de personnes inexpérimentées, il n'existe toutefois pas de preuves claires d'un impact global sur l'emploi lié au salaire minimum.
Alain Milburn a ainsi déclaré que les décideurs politiques devaient éviter les mesures aggravant le problème, tout en rejetant l'idée selon laquelle la hausse du salaire minimum décidée depuis l'arrivée au pouvoir du Parti travailliste en 2024 en est la cause principale.
(Reportage David Milliken, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer